Quand j'essaie d'expliquer ce que nous construisons, la personne en face traduit presque toujours en quelque chose qu'elle connaît déjà.
« Ah, c'est une résidence. »
« Ah, c'est un foyer pour étudiants. »
« Ah, c'est une sorte de maison-relais. »
« Ah, c'est un B&B; longue durée. »
« Ah, c'est une commune. »
Aucune de ces traductions n'est juste. Et ce n'est pas un détail : c'est le signe qu'il nous manque un mot, qu'il nous manque une catégorie mentale — et sans catégorie mentale, il est difficile de construire un secteur.
Je voudrais vous donner la catégorie.
Deux modèles, et rien d'autre
Au cours des cent dernières années, en Occident, nous avons cultivé deux modèles d'habitat dominants.
Modèle 1 — La maison individuelle. Unité d'habitation unique, accès autonome, espaces entièrement privés, entretien et gestion individuels. Privacy maximale. Charge maximale. Auto-organisation maximale. Le modèle du « propriétaire ».
Modèle 2 — L'appartement en copropriété. Une unité privée à l'intérieur d'un bâtiment collectif, escaliers et ascenseur partagés, règlement de copropriété, syndic. Privacy élevée, gestion partagée seulement pour le strictement structurel (toit, façade, entrée). Vie sociale : facultative, le plus souvent absente.
Ces deux modèles, à eux seuls, ont assez bien couvert une vie humaine standard du XXᵉ siècle : naissance dans une famille, études, travail, mariage, enfants, vieillesse. Le logement accompagne ces phases.
Le problème, c'est que la vie humaine, aujourd'hui, ne ressemble plus beaucoup à cette trajectoire. Et les deux modèles, à eux seuls, ne suffisent plus.
Qui reste entre les deux
Faites la liste des personnes qui, aujourd'hui, ne sont bien servies par aucun des deux modèles classiques :
- celles qui sont seules par choix ou par circonstance, qui ne veulent ni la responsabilité d'une maison entière ni l'isolement d'un petit studio ;
- celles qui ont un travail flexible et ont besoin d'espaces pensés aussi pour la journée, pas seulement pour la nuit ;
- celles qui viennent de se séparer et ne veulent pas vivre comme à vingt ans ;
- celles qui sont arrivées récemment dans une ville et ont besoin de temps pour s'orienter avant de signer un bail pluriannuel ;
- les veufs et veuves avec quinze ans de vie devant, dans un logement pensé pour quatre personnes qui n'y sont plus ;
- celles sans réseau familial dans la ville où elles vivent.
C'est une part énorme de la population adulte. On ne parle pas d'un cas exceptionnel. On parle de millions de personnes.
Les deux modèles classiques, face à ces situations, offrent des réponses médiocres. La maison individuelle est trop grande, trop chère, trop solitaire. La copropriété est anonyme : pas de relations, pas de services, pas de flexibilité.
Il y a un espace immense entre les deux.
Cet espace s'appelle CoLiving.
Le CoLiving comme troisième modèle
Essayons de le définir précisément.
Le CoLiving n'est pas : un appartement partagé en plus joli ; un foyer pour étudiants version adultes ; une résidence avec un community manager ; une maison-relais ; un B&B longue durée.
Le CoLiving est un modèle d'habitat à part entière, avec des caractéristiques précises :
1. L'unité proposée n'est pas l'appartement, c'est la chambre avec ses services associés. Quand on s'installe, on choisit sa chambre (ou un petit appartement privé), et avec elle l'accès à un ensemble d'espaces et de services communs qui font partie intégrante de l'expérience, non des accessoires.
2. Les espaces communs sont conçus pour l'usage, pas pour la représentation. Ce ne sont pas « la salle commune » utilisée deux fois par an. Ce sont de vraies cuisines, des salons vécus, des salles de travail, des buanderies, des terrasses. Ce sont le cœur du projet, pas l'ornement.
3. Les services sont inclus. Ménage, entretien, charges, internet, accueil, maintenance courante. L'habitant ne gère pas : il vit.
4. Une gestion vivante existe. Une personne ou une équipe qui prend soin de la communauté, organise les rythmes, résout les problèmes, accueille les nouveaux, dit au revoir à ceux qui partent. Pas un syndic : un community manager.
5. La permanence est flexible mais réelle. Ce n'est pas un hôtel (nuits). Ce n'est pas un bail trois-six-neuf (années). C'est un horizon de semaines à mois à années, choisi par la personne. La flexibilité est conçue, pas subie.
6. La communauté est un design, pas un hasard. On entre en sachant qu'on vivra à côté d'autres personnes, non comme effet secondaire mais comme choix. Les règles de vie commune sont claires avant l'emménagement, pas après.
Toutes ces choses ensemble — pas une à la fois — distinguent le CoLiving des modèles précédents. Qu'un seul de ces éléments manque et on glisse dans une autre catégorie (auberge, résidence, copropriété, maison-relais).
Pourquoi « troisième modèle » et pas « modèle alternatif »
Une petite dispute terminologique compte ici.
Le CoLiving est souvent présenté comme une alternative à la maison ou à l'appartement — comme s'il s'agissait d'une option de niche, d'une variante exotique. Ce n'en est pas une. C'est un modèle qui répond à des besoins que les deux autres ne couvrent pas. Il ne les remplace pas : il les accompagne.
Exactement comme l'appartement en copropriété, au début du XXᵉ siècle, n'a pas remplacé la maison individuelle. Il a rendu possibles des modes de vie que la maison individuelle seule ne permettait pas.
Si tout le monde vivait aujourd'hui en maison individuelle, les villes seraient différentes, les campagnes seraient différentes, l'économie serait différente, la mobilité serait différente. La même chose vaut pour le CoLiving. S'il devenait un modèle répandu — pas majoritaire, mais répandu — certaines choses changeraient beaucoup.
Ce qui changerait
Imaginez une Italie où le CoLiving représente même un seul pourcentage à un chiffre du marché du logement dans les villes moyennes à grandes. Pas le modèle dominant. Juste une part significative. Que changerait-il ?
Une personne qui déménage pour le travail n'aurait plus besoin de trois mois pour trouver un logement. Elle aurait une option correcte disponible en deux semaines.
Une personne récemment séparée ne serait pas obligée de retourner dans un studio en banlieue. Elle aurait une option qui la remet en contact avec d'autres adultes.
Une personne âgée veuve ne serait pas obligée de choisir entre la maison de retraite et la solitude totale. Elle aurait une option intermédiaire — digne, vivante.
Les villes seraient plus vivantes le soir, parce qu'il y aurait des espaces semi-collectifs vivants même là où il n'y a pas de familles.
Des bâtiments aujourd'hui sous-utilisés se rempliraient de nouveau : hôtels obsolètes, résidences inadaptées, palais historiques qui ne fonctionnent plus comme bureaux.
L'entrepreneuriat dans le secteur aurait des modèles scalables, réplicables, finançables — et donc grandirait.
Rien de tout cela n'est utopique. Dans plusieurs marchés occidentaux — particulièrement au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et dans certaines parties des États-Unis — le secteur a déjà dépassé sa première phase définitionnelle, avec des opérateurs établis, des véhicules d'investissement dédiés et des données de marché suivies. En Italie nous sommes en retard, mais pas pour des raisons culturelles profondes : pour des raisons de vocabulaire, de réglementation, d'habitude.
Le vocabulaire est la première infrastructure
Pour construire un marché, il faut d'abord construire les mots.
Tant que nous continuons à appeler le CoLiving « une sorte de foyer pour étudiants » ou « une sorte de résidence », nous continuerons à le confondre avec d'autres choses, à le réguler comme d'autres choses, à le vendre comme d'autres choses.
C'est pour cela que je dis : le CoLiving n'est pas un compromis entre la maison individuelle et l'appartement. C'est une troisième chose, avec sa propre dignité, ses propres règles, ses propres usagers.
Quand on l'appelle par son nom, le construire devient plus simple.
Et vivre en Italie, pour beaucoup de personnes, devient un peu moins dur.
Conclusion
Je dirige CoLivingOne à Rimini comme laboratoire opérationnel de cette idée — un vrai bâtiment avec de vrais résidents, où nous testons ce qui marche et ce qui ne marche pas.
J'écris ici une fois par semaine. Certaines semaines je pense à voix haute. D'autres je partage ce que nous apprenons. Toutes les semaines, j'essaie de construire d'abord le vocabulaire, parce que le vocabulaire est l'infrastructure qui permet à tout le reste d'exister.
Si vous construisez, exploitez ou réfléchissez à du CoLiving en Italie — ou ailleurs où cette troisième forme d'habitat a besoin d'un nom — j'aimerais vous lire.
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